Enseigner une langue seconde
Mercredi 10 mai 2023
Enseigner une langue seconde, c’est enseigner à communiquer, entrer en relation, s’intégrer à une nouvelle communauté et apprivoiser une nouvelle culture.
Allez à la rencontre de personnes diplômées de l’UQAM en enseignement d’une langue seconde et découvrez pourquoi elles ont fait le saut en éducation.

Ali Yahoui
Diplômé du baccalauréat en enseignement du français langue seconde (2022)
Enseignant en classe d’accueil (palier I) dans une école secondaire au Centre de services scolaire de Laval
Je travaille pour le programme d’intégration linguistique, scolaire et sociale (ILSS) auprès de nouveaux arrivants âgés de 12 à 13 ans provenant principalement de Turquie et d’Amériques du Sud, mais aussi des États-Unis.
Au Cégep, je ne savais pas trop vers où j’allais me diriger à l’université. C’est alors que je me suis rappelé mon propre parcours de jeune enfant étant passé par une classe d’accueil. Je me suis dit que ça pourrait être intéressant de voir l’autre côté de la médaille et de redonner au suivant.
Dès mon premier cours au baccalauréat en enseignement du français langue seconde, j’ai compris que j’avais fait le bon choix. J’ai d’ailleurs adoré mon passage à l’UQAM. Les professeurs m’ont beaucoup aidé. Ils sont vraiment à l’écoute. Ils s’assurent que tout le monde a bien saisit les notions. Ils créent des liens étroits avec les étudiants. C’est sans aucun doute un milieu favorable à l’apprentissage.
La classe d’accueil : une petite famille
Selon moi, ce qui différencie la classe accueil de la classe ordinaire, c’est le sentiment de faire partie d’une petite famille, même si tout un chacun vient d’horizons différents. On est tous là pour apprendre, pour s’entraider. On ne laisse personne derrière. Toute cette solidarité m’a beaucoup émue et c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai voulu retourner en classe d’accueil en tant qu’enseignant.
L’intégration dans son pays d’accueil passe d’abord par l’apprentissage de sa langue. Si l’on ne la parle pas, si l’on ne la comprend pas, on peut difficilement s’intégrer. C’est différent en classe d’accueil, il y a plus d’ouverture. On trouve toujours un moyen pour se faire comprendre. Par exemple, par des gestes, des expressions faciales ou des visuels. Ça crée une autre forme d’intelligence chez les apprenants qui facilite l’apprentissage de la langue.
Donner l’envie d’apprendre
Fait inusité, je ne m’attendais pas à suivre des cours de sciences, de mathématiques et d’histoire, mais au moment du stage en milieu de pratique, j’ai constaté à quel point ils étaient importants. En francisation, il n’y a pas de cours consacrés uniquement à ces matières scolaires, on se concentre sur la langue française. Il est donc important d’utiliser des notions « autres » comme prétexte pour enseigner le français afin de préparer les élèves à la classe ordinaire. Ça peut aussi créer de nouveaux intérêts chez ceux-ci. Ça développe leur curiosité. Finalement, ça permet de maîtriser du vocabulaire que l’on utilise moins souvent dans la vie quotidienne.
Les cours qui viennent faire la différence entre l’enseignement du français langue seconde et du français langue première, ce sont ceux de linguistique. Comment apprend-on une nouvelle langue? Quels sont les meilleurs processus? Par où faut-il commencer? Quels sont les meilleurs conseils que l’on peut donner à des parents inquiets? Comment expliquer aux parents les méthodes d’apprentissage à réaliser à la maison? Ce sont toutes des questions primordiales auxquelles il faut répondre pour favoriser la réussite éducative des élèves.
En conclusion, je dirais que le baccalauréat nous ouvre les yeux sur les réalités de notre monde. Les enfants qui intègrent nos classes d’accueil nous racontent leurs histoires. Ils nous expliquent comment ça se passait dans leur pays. Ils arrivent avec un bagage psychologique parfois déjà très lourd.
Ne craignez pas de sortir de votre zone de confort. Osez faire le clown devant la classe pour décrocher des sourires. Ces élèves-là ont traversé beaucoup d’épreuves, donc, la première chose à faire, c’est d’abord de créer un lien et de briser la barrière affective. Il faut susciter chez les élèves l’envie d’apprendre!