Diversité en milieu scolaire

Mercredi 6 juillet 2022

Entrevue avec la professeure Mélissa Bissonnette

La professeure Mélissa Bissonnette du Département d’éducation et pédagogie de l’UQAM a obtenu une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) du Canada pour un projet de recherche portant sur les mécanismes d’exclusion de la différence en contexte scolaire pluriethnique et les composantes de la compétence émotionnelle à déployer par le personnel scolaire dans l’instauration de relations respectueuses et inclusives. Nous l’avons rencontrée afin qu’elle nous parle davantage de ce projet important pour la recherche sur la diversité en éducation.

Q. Bonjour, Mélissa, pouvez-vous nous décrire brièvement votre cheminement professionnel?

R. Je suis professeure en gestion de la diversité en éducation. Je suis arrivée en poste en juin 2017 au Département d’éducation et pédagogie où je donne différents cours, notamment le FPE7003 qui porte sur la gestion de la diversité. La diversité m’a toujours intéressée, autant lors de mes études collégiales qu’au baccalauréat et aux 2e et 3e cycles. Je baigne dans la diversité depuis plusieurs années et cela teinte mes intérêts de recherche.

Q. Qu’est-ce qui vous a amené à vouloir vous intéresser à ce thème de recherche?

R. En fait, mon projet traite des mécanismes d’exclusion de la différence en lien avec des composantes d’une compétence émotionnelle que l’on veut que le personnel scolaire déploie dans l’instauration de relations qui seront respectueuses et aussi inclusives. D’où cela me vient-il concrètement? C’est qu’il faut constamment réfléchir au vivre-ensemble dans une société qui est plurielle. On constate malheureusement au niveau mondial, dans toutes les sociétés, une certaine dérive quant à l’acceptation de l’autre et on la voit surtout à travers les technologies de la communication. À plus forte raison, les différentes manifestations planétaires que l’on voit dans l’actualité, entre autres, contre le racisme systémique, témoignent, à mon sens, d’une nécessité de réfléchir sur toutes les formes d’exclusion raciale au sein de la société et à plus petite échelle, dans les écoles. Puisqu’il y a aussi de la discrimination dans celles-ci. C’est ce qui m’a amenée à m’intéresser à ce sujet de recherche. Cependant, c’est aussi à travers mon expérience de travail, dans mes cours et dans les recherches que je mène, que j’ai pu constater une certaine méconnaissance des différents mécanismes d’exclusion, comme le préjugé versus le stéréotype. C’est également cette méconnaissance que je veux explorer dans mon projet. 

Q. Quelles questions souhaitez-vous aborder dans votre recherche subventionnée par le CRSH pour les trois prochaines années?

R. Ce que j’aimerais faire dans le cadre de ce projet ce serait d’identifier les défis qui sont vécus par le personnel scolaire dans cette définition des différentes catégories de mécanismes d’exclusion qui vont être manifestés non seulement par le personnel scolaire, mais aussi par les élèves. Concrètement, je veux savoir quels sont les défis vécus en lien avec différentes manifestations d’exclusion, mais également comment on les définit et comment on les identifie. Cet élément n’est pas encore clair pour moi ni pour tout le monde. C’est pourquoi j’aimerais explorer cela dans le cadre de mon projet. Un autre aspect que j’aimerais explorer est d’identifier l’état, soit la présence ou l’absence, des différentes composantes de la compétence émotionnelle. On peut penser à la connaissance de soi, à la régulation de ses propres émotions, à la conscience sociale versus sa propre conscience. Lors de manifestations, qui se situent sur un continuum d’exclusion et de non-exclusion, j’aimerais voir comment ces différentes composantes sont mobilisées.

Q. Quels sont les résultats que vous souhaitez atteindre grâce à votre projet de recherche?

R. Concrètement, j’aimerais mettre l’accent sur le développement de compétences émotionnelles qui sont, à mon sens, essentielles lorsque l’on veut avoir des pratiques qui se veulent inclusives ou des relations professionnelles exemptes d’exclusion basée sur l’appartenance ethnoculturelle. Avec les activités qui sont prévues dans le projet, j’espère provoquer une réflexion dans les différents milieux où le projet va avoir lieu, mais aussi chez les différents types de personnels, parce que je vais rencontrer des directions, des membres du personnel enseignant, des éducatrices du service de garde, des professionnels non enseignants. Donc, d’avoir cette vision globale, ce serait l’objectif que j’aimerais atteindre. 

Q. Qui pourra bénéficier des résultats de votre recherche?

R. Idéalement, le personnel scolaire et les élèves. Le personnel dans le développement de pratiques professionnelles pour adapter et soutenir le développement d’un savoir-vivre ensemble, mais aussi auprès des élèves. Il faut le dire, le personnel scolaire forme les citoyens de demain, il s’agit donc d’avoir des citoyens plus respectueux de la différence et plus inclusifs dans leurs propos. Ce serait aussi d’outiller le personnel aux conséquences des manifestations d’exclusion que l’on peut inconsciemment laisser passer. En ce qui concerne la communauté scientifique, c’est certain que j’aimerais contribuer à l’avancement des connaissances sur les interactions du personnel scolaire en lien avec les luttes aux discriminations raciales. Peut-être aussi que les résultats pourraient bénéficier aux différents acteurs du programme de formation et les amener à se questionner quant à l’importance du développement de compétences émotionnelles en lien avec la diversité. En fin de compte, je souhaite que le projet soit un pas de plus vers des relations interethniques qui sont plus respectueuses dans la société. 

Q. Quels sont les autres projets que vous souhaitez développer dans ce nouveau champ de recherche?

R. J’aimerais effectuer une recherche plus large qui pourrait cibler différents contextes scolaires dans divers pays afin d’analyser l’influence des comportements et la mobilisation des habiletés émotionnelles relativement à l’exclusion de la différence, dans une perspective comparative. Donc, de faire un projet de recherche sur le même thème, mais à l’international. Je trouverais cela passionnant.