Développer des habiletés comportementales et émotionnelles chez les élèves pour un plus grand bien-être à l’école

Entrevue avec la professeure Mélissa Goulet

La professeure Mélissa Goulet du Département d’éducation et formation spécialisées a obtenu une subvention du Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC) pour un projet de recherche portant sur la combinaison de deux approches d’intervention en éducation, soit l’approche au soutien du comportement positif et l’approche des apprentissages socio émotionnels. Nous l’avons rencontrée pour qu’elle nous en dise davantage sur cette recherche originale qui décloisonne les silos de la recherche en intervention en éducation.

Q. Bonjour Mélissa, pouvez-vous nous parler brièvement de votre cheminement de carrière?

R. Je suis entrée en poste le 1er juin 2019 au département d’Éducation et formation spécialisées après 2 stages postdoctoraux. J’ai fait toutes mes études en psychoéducation et je suis membre de l’ordre des psychoéducateurs du Québec. J’ai un double profil de praticienne et de chercheuse et j’ai le souci que mes travaux trouvent une utilisation concrète sur le terrain.

Q. Qu’est-ce qui vous a amenée à vous intéresser à votre sujet de recherche?

R. Je me suis toujours intéressée aux façons de favoriser le bien-être des élèves à l’école. Au début, je m’intéressais aux élèves qui avaient des difficultés de comportement et qui étaient plus vulnérables. Ensuite, cela a évolué et je m’intéresse maintenant à tous les élèves, dans une perspective plus inclusive. Mon angle d’approche est de valoriser les forces de tout le monde, peu importe leur vulnérabilité. J’ai une perspective visant le développement positif de tous les élèves.

Q. Quelles questions souhaitez-vous aborder dans votre recherche ?

R. On constate que le taux de détresse psychologique des élèves et des enseignants est assez élevé au Québec. J’essaie de comprendre quelles sont les raisons de ce constat et comment on pourrait faire pour que ça aille mieux pour tout le monde. Ce projet est au centre de mes questionnements parce que je m’intéresse aux manières de permettre le développement d’habiletés par les élèves en vue de favoriser leur bien-être. En ce moment, il y a deux grandes approches d’intervention en milieu scolaire qui attirent l’attention : une première approche est le soutien au comportement positif, centrée sur les comportements, qui implique tous les adultes qui travaillent à l’école et qui vise à faire la promotion de comportements positifs. Au lieu de réprimander les comportements inacceptables, on souligne et félicite les comportements positifs. Cela demande une grande implication de la part de tout le personnel de l’école pour enseigner les attentes comportementales et récompenser les élèves. Cette approche permet de diminuer les comportements problématiques. La deuxième approche porte sur les apprentissages socio émotionnels comme les habiletés sociales, la gestion du stress et des émotions comme la colère. Cette approche est également très populaire et il est démontré qu’elle a des effets porteurs sur la santé mentale. Toutefois, ces deux approches sont habituellement utilisées en silo. Ce qu’on réalise aujourd’hui, c’est que ces deux perspectives découlent du même fondement théorique, soit le développement d’habiletés positives. Il y a quelques travaux qui soutiennent que ces approches ne sont pas opposées et qu’elles peuvent contribuer de façon synergétique au développement de l’élève, tant sur le plan du comportement que des émotions. Les forces d’une approche peuvent combler les lacunes de l’autre. Mon objectif est d’en arriver à une approche intégrée qui unit ces deux visions et qui contribue au développement d’habiletés comportementales et émotionnelles auprès des élèves.

Q. Quels sont les résultats que vous souhaitez atteindre avec le projet?

R. Je voudrais changer le monde! Plus sérieusement, cela fait quelques années que le projet murit et que je le réfléchis avec un organisme qui s’appelle Boscoville. Cette OBNL s’affilie avec des chercheurs universitaires afin de développer des pratiques qui favorisent le développement positif de tous les jeunes, notamment en milieu scolaire. En m’associant à cet organisme, je compte sur leur expertise pour s’occuper du volet formation dans le milieu scolaire et dans la mise en œuvre de l’approche sur le terrain. De mon côté, je m’assure de la rigueur scientifique et empirique du projet et j’évalue sa mise en œuvre et ses effets. Ultimement, j’essaie de comprendre s’il y a des bénéfices à long terme pour les élèves et l’école. Lorsqu’on tente de changer les pratiques, cela amène à des questionnements profonds et cela implique un changement de perspective, comme l’implantation d’une vision plus positive par exemple. J’espère obtenir une approche intégrée balisée et validée qui aurait fait ses preuves et qui pourrait contribuer à l’amélioration de la réussite éducative et du bien-être des élèves à l’école.

Q. Qui pourra bénéficier des résultats de votre recherche?

R. Toute personne qui œuvre en milieu scolaire pourra bénéficier des résultats de cette recherche. L’objectif est de rendre compte d’un projet qui soit accessible et utile pour ceux qui sont intéressés à le mettre en œuvre. Ultimement, je souhaite qu’il puisse évoluer dans les écoles et contribuer au développement positif de petits humains qui affronteront la vie avec des habiletés émotionnelles et comportementales qui leur seront utiles.

Q. Quels sont les autres projets que vous souhaitez développer comme professeure dans l’avenir?

R. La trame de fond de mes nouveaux projets touche toujours la perspective positive du développement de la santé mentale scolaire, ce qui implique le bien-être psychologique, la capacité de gérer son stress et ses capacités adaptatives. À travers mes projets de recherche appliqués, je m’intéresse plus particulièrement au contexte des changements de pratique. Pendant mon doctorat, j’ai constaté que pour être porteuse, une approche d’intervention doit être implantée dans un environnement qui est propice au bien-être de tous, sinon son efficacité au niveau des élèves sera réduite. Un climat positif est plus difficile à atteindre quand il y a un groupe qui ne se sent pas ben. Mon projet actuel se centre sur les élèves mais je garde à l’œil le bien-être des autres acteurs du milieu scolaire, comme les enseignants et les intervenants qui prendront plus de place dans mes projets de recherche futurs.