Portraits de personnes diplômées en développement de carrière et orientation

Jade Corenthin

Jeudi 16 mars 2023

Pleins feux sur Jade Corenthin

Conseillère d’orientation
Diplômée de la majeure en développement de carrière (2019) et de la maîtrise en counseling de carrière (2021)

Même si l’on ne voit pas toujours le résultat final, le simple fait d’observer qu’un cheminement s’opère, qu’il y a une prise de conscience, une meilleure connaissance du « soi » et qu’indirectement, le processus d’orientation permet d’améliorer le bien-être du client, c’est très gratifiant.


Jade Corenthin a entrepris ses études universitaires en complétant un baccalauréat en psychologie et une double mineure en sociologie et science du comportement. Elle n’a pas poursuivi à la maîtrise et au doctorat, car le domaine de la psychologie lui semblait trop abstrait. D’un autre côté, elle savait vouloir travailler en relation d’aide. Elle a donc rejoint un centre d’appels pour un programme d’aide aux employés où elle était à la première ligne. En parallèle, elle a complété un certificat d’intervention auprès des jeunes qu’elle a grandement apprécié, mais qui ne collait pas exactement avec ce qu’elle recherchait. Ensuite, elle a travaillé pour un organisme qui offre un répit aux parents d’enfants autistes. Plus précisément, elle était accompagnatrice pour un camp d’été où elle s’occupait de faire l’évaluation des besoins des jeunes et de les surveiller lors des activités. Entre-temps, elle a rencontré une conseillère d’orientation qui lui a permis d’identifier ses forces et intérêts et de finalement cibler le domaine du développement de carrière. C’est pourquoi elle a récemment terminé une majeure en développement de carrière et une maîtrise counseling de carrière à l’UQAM.

Elle occupe désormais le poste de conseillère d’orientation chez CODEM/CJE, un organisme sans but lucratif venant en aide aux jeunes adultes de 15 à 35 ans dans leurs démarches d’insertion sociale et économique, et à des individus de 18 ans et plus vivant sur le territoire de l’île de Montréal. La majorité de sa clientèle lui est référée par Services Québec.

Q. Quels sont vos valeurs et intérêts qui vous ont poussés à vous diriger vers le monde du développement de carrière et de l’orientation?

R. Je dirais la possibilité d’aider concrètement des personnes avec peu ou pas de ressources à intégrer ou réintégrer le marché du travail, le fait de pouvoir contribuer à cette réinsertion par l’entraide, l’écoute, le soutien, et l’empathie. Changer de carrière, ça peut parfois nous faire vivre une multitude d’émotions; ce n’est pas un processus uniquement cartésien. Soutenir émotionnellement les personnes me plaît énormément. 

Mon choix est également lié à ma volonté d’associer mes intérêts pour la psychologie, le comportement humain et les émotions, avec celui de l’évolution de carrière et comment tout ça se construit ensemble.

Q. Quelles sont vos expertises particulières dans ce domaine? Pourquoi sont-elles importantes pour les personnes qui vous consultent?

R. Mon expérience professionnelle et personnelle me permet d’accompagner une clientèle diversifiée.

J’aime travailler auprès d’une clientèle autiste, même si ce n’est pas le groupe de personnes desservi principalement par mon organisme. C’est un sujet qui me passionne. J’ai fait beaucoup d’études là-dessus, entre autres, pour les besoins de mon projet de recherche à la maîtrise. Je crois que je possède des connaissances pertinentes qui me permettent d’avoir une ouverture d’esprit et d’aller au-delà du diagnostic. Je comprends les enjeux et les préjugés qui y sont associés.

Il y a aussi la clientèle immigrante. Je suis entièrement bilingue et j’ai moi-même vécu l’immigration. De plus, de nombreuses personnes dans mon entourage sont immigrantes. Ça me permet de comprendre les enjeux culturels et d’intégration. Je viens du système français, j’ai donc dû développer une compréhension du marché du travail et du système scolaire québécois, et de toutes les démarches administratives par lesquelles une personne immigrante doit faire face. Un lien plus fort se tisse avec mes clients grâce à ça.

Q. Pourriez-vous nous décrire une situation dont vous êtes particulièrement fière?

R. Simplement ma fierté personnelle de pouvoir accompagner des personnes dans leur prise de décision. Même si l’on ne voit pas toujours le résultat final, le simple fait d’observer qu’un cheminement s’opère, qu’il y a une prise de conscience, une meilleure connaissance du « soi » et qu’indirectement, le processus d’orientation permet d’améliorer le bien-être du client, c’est très gratifiant.

Si je pense à une situation plus spécifique, il y a celle d’une personne qui avait complètement déchanté de la relation d’aide et vécu un épuisement professionnel. À travers le processus d’orientation, elle a réalisé que ce n’était pas nécessairement le domaine de la relation d’aide qui posait un problème, mais plutôt l’environnement de travail et les tâches lui étant associées. Cette personne a réussi à renouer avec son amour d’aider les autres et à exercer sa profession différemment. 

Notre rôle en tant que conseillère et conseiller d’orientation c’est d’amener le plus d’observations et de faits possible pour aider la personne à se comprendre et à être consciente de son « soi ». Le tout afin qu’elle prenne la bonne décision. Prendre le temps de se connaître, c’est se donner la chance de faire le choix qui nous convient le mieux. 

Q. De quelle façon entrevoyez-vous l’évolution de votre carrière?

R. J’aspire à travailler davantage auprès de la clientèle autiste. Les services en employabilité, en orientation et en général pour cette population sont moindres, surtout à partir de l’âge de 18 ans. Je veux aller chercher des compétences balisées pour m’assurer d’avoir un impact positif sur leur développement. Je souhaite vraiment faire une différence.

J’étais consciente qu’avant de faire le saut, je devais développer mes bases en tant que conseillère d’orientation généraliste; en peaufinant mes approches, en identifiant mes forces et mes lacunes. Maintenant, je me sens prête.

À long terme, j’aimerais obtenir le titre de psychothérapeute. Je trouve que ce serait un beau complément à ma pratique de conseillère en orientation et ça me permettrait de pousser le processus.  

Q. Quel conseil donneriez-vous aux futures personnes étudiantes?

R. Je suis une personne structurée et organisée; j’aime me baser sur du concret et sur des approches et des outils normalisés. Alors mon conseil : « Garder toutes vos notes de cours! ». Surtout en début de carrière, nos automatismes ne sont pas encore développés. C’est bien de pouvoir se référer à nos notes de cours par souci de professionnalisme. On est en constante évolution et en se référant aux bases, on peut les retravailler, les adapter à notre sauce, s’améliorer.

Également, challengez-vous, trouvez des stages dans des domaines qui vous intéressent un peu moins. Peut-être que ce sera une agréable découverte et le début d’un nouvel intérêt. La période de stage, c’est vraiment une belle occasion de sortir de sa zone de confort tout en étant encadré. 

Q. Quels éléments de la formation sont inusités, surprenants, captivants, etc.? 

R. Ce qui m’a agréablement surprise, c’est le fait que dès nos premiers cours en développement de carrière, on est centré sur la connaissance de notre propre personne. On teste les théories et les outils sur soi-même. 

On va également sur le terrain assez rapidement. Que ce soit en rencontrant des professionnels provenant de divers milieux ou en débutant un processus de counseling avec de vrais clients. Cela m’a permis de me tester, de savoir si ce domaine me plaisait, et d’établir si je possédais les compétences nécessaires. 

Sinon, il faut savoir que l’on est filmé pendant nos interventions. Au début, c’est intimidant, mais en fin de compte, c’est très formateur. Ça nous permet de prendre conscience de nos tics, de ce que l’on fait de bien ou pas. Ça nous permet de nous améliorer et de gagner en confiance. Tout le processus est supervisé par les professeurs et chargés de cours super accessibles, qui prennent le temps avec nous.

Q. En dehors du travail, qu’est-ce qui vous anime? Qu’aimez-vous faire?

R. L’été, j’adore passer du temps en nature, encore plus si c’est proche de l’eau. Je m’y sens sereine.

J’aime également chanter. Au travail, on a lancé un groupe de musique amateur où je chante et je joue du piano. C’est une manière de décrocher entre collègues. 

Finalement, j’aime écouter des balados de type True crimes (je ne sais pas si je devrais dire ça!) dans les transports en commun ou qui portent sur la diversité, l’équité et l’inclusion.